Texte: Wenanjcusz Ochmann

A group of people on the stage.

Concert final des ateliers, photo: ARTeria Foundation archives

<< Ce fut une rencontre entre deux univers, tant sur le plan musical que culturel.

C’était également l’idée à l’origine des ateliers organisés conjointement par de jeunes musiciens du Mädchenchor der Sing-Akademie zu Berlin et de l’école de musique privée VENOS STUDIO à Zabrze.

Il y eut beaucoup de rires, de curiosité et de questions telles que « Comment est Berlin ? », « Qu’est-ce qui vous plaît à Zabrze ? », « Quel est un plat typique de Silésie ? » et « Quel genre de musique écoutez-vous ? ». Les ateliers communs, les conversations, les préparatifs du concert et la représentation ont été l’occasion d’un échange culturel – découvrir les différences, mais aussi apprécier ce que nous avons en commun.

En réfléchissant à l’idée de cet article, je me suis souvenue non seulement de cette rencontre musicale… >>

Nous vivons au sein de la culture. Littéralement. La culture influence directement notre système de valeurs, nos normes, nos croyances et nos schémas comportementaux. La manière dont nous nous saluons, ce que nous mangeons, comment nous nous habillons. Elle influence notre façon de communiquer et d’exprimer nos émotions. La culture façonne notre perception du monde, notre attitude envers l’autorité et nos relations sociales (Hofstede, 2011), et ces différences apparaissent particulièrement clairement lorsque l’on travaille avec des personnes issues de milieux culturels différents.

Dans un monde de plus en plus globalisé, relié par la mobilité et la communication numérique, les rencontres entre personnes de cultures différentes deviennent monnaie courante, et les différences de styles de communication, de valeurs et de coutumes peuvent conduire à des malentendus. Dans le débat public, on considère souvent que les différences culturelles sont en elles-mêmes une source de tension et mènent à des conflits, et que l’AUTRE est une menace. Cependant, les recherches dans le domaine de la communication interculturelle montrent que le problème ne provient généralement pas des différences elles-mêmes, mais des malentendus de communication et des stéréotypes, c’est-à-dire d’un manque de compétences nécessaires pour les comprendre et les interpréter. Des styles de communication, des façons d’exprimer ses opinions ou des approches du temps différents peuvent conduire à des interprétations erronées du comportement d’autrui (Berry, 2002 ; Hofstede, 2011).

La communication interculturelle et son application pratique, à savoir la médiation, concernent précisément ce type d’interactions, c’est-à-dire les situations dans lesquelles des personnes issues de contextes culturels différents s’efforcent d’atteindre des objectifs communs et de se comprendre mutuellement. Dans ce processus, ce que l’on appelle la compétence interculturelle joue un rôle clé. Elle peut être définie comme la capacité à coopérer efficacement et respectueusement avec des personnes issues d’autres cultures : connaissance des différences culturelles, ouverture d’esprit face à d’autres points de vue et compétences en communication telles que l’écoute active et l’interprétation des comportements dans un contexte culturel.

Par exemple : certaines cultures valorisent la communication directe, où les opinions sont exprimées clairement et ouvertement. Dans d’autres, la communication indirecte est plus importante, évitant la critique directe et la confrontation. Lorsque des personnes ayant des styles de communication aussi différents travaillent ensemble, l’une peut trouver l’autre trop critique, tandis que l’autre peut trouver la première pas assez engagée. Des malentendus similaires peuvent affecter pratiquement tous les aspects de la coopération : de la prise de décision aux relations avec les figures d’autorité, en passant par l’importance de la ponctualité. Mais cela doit-il toujours aboutir à un conflit ?

Smiling female receiving flowers on the stage.

Concert final des ateliers, photo: ARTeria Foundation archives

La médiation interculturelle est l’un des outils qui peuvent aider à gérer de telles situations. Dans la littérature, elle est définie comme un processus visant à favoriser la communication et la compréhension mutuelle entre des individus ou des groupes issus de cultures différentes, et les recherches montrent que la médiation interculturelle – en tant qu’élément important de la construction de l’intégration sociale dans des sociétés diversifiées – permet la négociation de l’identité culturelle, le renforcement du respect mutuel et le développement du dialogue entre différents groupes sociaux (Karanikola et Panagiotopoulos, 2025). Les chercheurs soulignent également que le développement de compétences interculturelles contribue à réduire les stéréotypes et améliore la qualité de la communication dans les environnements multiculturels.

Il est très important que des personnes qui ne sont pas des médiateurs professionnels puissent également jouer ce rôle. Selon les recherches actuelles, les personnes capables de faciliter la conversation et d’aider les autres à comprendre des points de vue différents se caractérisent par des compétences comprenant trois éléments fondamentaux : les connaissances, les attitudes et les aptitudes (Deardorff, 2009).

Le premier de ces éléments est la connaissance des différences culturelles et la prise de conscience que sa propre perception du monde n’est pas universelle. Le deuxième élément fondamental est l’attitude, c’est-à-dire l’ouverture d’esprit, la curiosité et la volonté d’apprendre des autres. Le troisième est constitué des compétences en communication qui permettent d’interpréter les comportements dans un contexte culturel et d’adapter ses propres actions à une situation donnée. Ces éléments permettent un véritable dialogue interculturel, c’est-à-dire une conversation ouverte entre des personnes de cultures différentes qui sont conscientes des différences qui les séparent et s’efforcent de les comprendre, non pas dans le but d’éliminer ces différences, mais de favoriser la compréhension mutuelle et la coopération.

Mais les principes du dialogue interculturel sont utiles dans toutes les situations – pas seulement lorsque nous rencontrons ou travaillons avec des personnes issues d’autres milieux culturels. Il vaut toujours la peine de poser des questions plutôt que de porter des jugements, d’écouter activement les autres, de réfléchir à ses propres présupposés culturels et de rechercher des valeurs et des objectifs communs. Cette approche est particulièrement importante dans les environnements éducatifs et les projets pour la jeunesse, où se côtoient des personnes d’horizons divers, dotées d’un capital culturel et social différent et d’expériences variées.

Le développement des compétences interculturelles favorise la construction de sociétés plus ouvertes et inclusives et renforce la capacité des jeunes à travailler dans un environnement international (Bennett, 2015). Dans un monde où la diversité culturelle ne cesse de s’accroître, la capacité à mener un dialogue interculturel devient l’une des compétences clés qui permet de transformer nos différences en source de savoir, d’inspiration et de nouvelles perspectives.

<< En guise de conclusion, je vous invite à découvrir un bref compte rendu du concert qui a clôturé les ateliers musicaux, avec la participation des jeunes du Mädchenchor der Sing-Akademie zu Berlin, sous la direction de Friederike Stahmer, ainsi que des jeunes artistes de l’école de musique privée VENOS STUDIO de Zabrze : Agata Kornacka (piano), Sebastian Býma (guitare et chant) et Anna Bzdura (chant). Collaboration : Cornelia Schlemmer et Wenancjusz Ochmann. Co-organisation : Fondation ARTeria >>

Bibliographie:

Bennett, J.M. (2015) The SAGE Encyclopedia of Intercultural Competence. Thousand Oaks: Sage.

Berry, J. W., Poortinga, Y. H., Segall, M. H., & Dasen, P. R. (2002) ‘Cross-cultural psychology and intercultural relations’.

Deardorff, D. (2009) The Sage Handbook of Intercultural Competence. Thousand Oaks: Sage.

Hofstede, G. (2011) Dimensionalising Cultures: The Hofstede Model in Context.

Karanikola, Z. and Panagiotopoulos, G. (2025) ‘Identity Negotiation and Conflict Resolution in Contemporary Multicultural Settings: The Contribution of Intercultural Mediators’